Fédération Genevoise Equestre

Une Genevoise sélectionnée pour les Jeux équestres Mondiaux

Alors que la campagne de sélections des cavaliers suisses qui participeront aux 6e Jeux Equestres Mondiaux qui auront lieu à Lexington au Kentucky du 25 septembre au 10 octobre 2010 bat son plein, une jeune cavalière Genevoise a vu son rêve se réaliser avec une toute première sélection.

En effet la jeune cavalière de Gy, Céline Van Till, a vu ses efforts et surtout ses excellents résultats récompensés par une sélection pour les épreuves de Para-Equestrian Dressage, épreuves qui seront organisées pour la première fois dans le cadre des Jeux Equestres Mondiaux.

Céline, nous a fait le plaisir de répondre, à la suite de cette bonne nouvelle à un petit interview.

- Bonjour Céline, pour nos lecteurs qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter brièvement ?

Bonjour, J'ai 19 ans. Je monte à cheval depuis mes 6 ans. J'ai fait mes débuts en compétition à 12 ans. Entraînée par Nicola Heyser, à 15 ans et demi, j'étais prise dans l'équipe suisse junior. Il y a deux ans (en 2008), j'ai été victime d'un grave accident de cheval. En dressage, je montais un jeune cheval de 4 ans. J'étais en Allemagne pour un stage chez une cavalière professionnelle. Soudain, à la fin du cours je tombais du cheval! Mais, le plus grave était que le cheval me tombait dessus! J'étais écrasée sous un poids d'une demie tonne de muscles et d'os… Heureusement, je n'étais pas morte. J'étais vivante. Mais dans quel état??? J'ai eu des lésions cérébrales plus ou moins graves: un traumatisme crânien sévère. On m'a également opéré au cerveau dû à une hémorragie. J'ai été un mois dans le stade tragique qu'est le coma. Puis, j'étais dans l'état confusionnel: une phase d'errance où les idées ne se rejoignent plus. Un état difficile à imaginer. Par chance, après la longue hospitalisation de six mois, j'ai bien récupéré. Après 4 mois, assisse dans une chaise roulante, je remonte à cheval. Ainsi, les progrès ont suivis…

- A Lexington tu vas participer avec ton cheval Tin Tin G, peux-tu nous parler un peu de lui ainsi que de ton entraineur ?

Ma mère a acheté Tin Tin G en juin 2009. C'est une jument hollandaise de 10 ans. À cause de plusieurs hospitalisations plus ou moins longues, je n'ai que commencé à régulièrement la monter en début d'année. C'est une jument extraordinaire ayant des allures superbes, un bon potentiel, et un caractère doux et curieux. Je peux lui faire totalement confiance. Un cheval pour un cavalier para, doit être de très bon caractère… Il doit tout de même pouvoir accepter et corriger une perte de l'équilibre du cavalier, ou des réactions de spasmes… Quant à mon entraîneuse, j'ai beaucoup de chance d'en avoir une qui me suit de près tout le temps et qui est toujours là quand je vais monter à cheval: ma mère, Simone. Malgré les complicités de la relation mère-fille, on s'entend très bien. Dans le fond, on est toujours d'accord. Je dois dire, que c'est sans aucun doute la meilleure entraîneuse que je puisse avoir en ce moment!

- Après ton grave accident en juin 2008, Tu as fait preuve d'un courage et d'une volonté extraordinaire pour te remettre à cheval et revenir à la compétition. Quels sont les « secrets » de cette volonté remarquable. ?

Comment décrire cette volonté? Mon secret consiste en quelques mots. Après 3 mois d'hôpital, j'ai vu mon cheval, j'ai pu de nouveau le cajoler, le parler, sentir son odeur… Ce fut sensationnel. Dès ce moment, je savais ce qu'il me restait à faire pour retrouver mon cheval. Dès le moment même, j'ai réussi à trouver la force et la volonté de me battre. Ma bonne volonté (j'étais d'accord de tout faire pour récupérer!) et ma rage de vaincre ont été mes meilleurs alliés. Je ne vais pas vous en dire plus. Il faudra attendre la publication de mon livre. Oui, j'écris un livre sur toute mon expérience passée. Il paraîtra, je pense, l'année prochaine.

- Je ne suis pas un spécialiste de la catégorie Para-Equestrian Dressage, mais en quelques mots peux-tu nous parler de cette discipline et des différences (qui je crois sont assez légères) avec le dressage classique.

En para, les cavaliers sont classifiés dans un degré de I à IV. Ceci est défini par la force et par la faculté de coordination du cavalier. Le degré I désigne les handicaps les plus graves. A la monte, j'ai des difficultés en équilibre (le cheval m'aide à les corriger). Par degré, les figures imposées sont en fonction du degré de l'handicap, de habilité du cavalier. Moi, par exemple, je suis classifié dans le degré I. L'exécution correcte d'un changement de pied en l'air, est la même en sport handicap qu'en sport valide. C'est uniquement l'exécution correcte du mouvement qui compte pour le jugement, qu'il soit exécuté avec ou sans jambes, avec ou sans bras. Il en va de même pour les règlements et les critères de sélection, ils sont en principe repris du sport valide et adaptés en conséquence. Les cavaliers peuvent donc obtenir des aides pour compléter ce qui manque. Une différence est cependant incontestable: Pour atteindre le même résultat, il faut énormément plus de temps et de personnel. Je participe dans le degré III, car mon entraîneur (qui me soutiens très fort) et mon bon cheval me permettent de transférer mes connaissances du temps du Cadre Junior.

- Nous te félicitons bien sûr pour ta qualification pour les Jeux équestres mondiaux au Kentucky. Peux-tu nous décrire comment tu l'as appris et quel a été ta réaction face à cette excellente nouvelle ?

C'est la chef d'équipe, Simone Rubli, qui me l'a annoncé par téléphone il y a une dizaine de jours. Quand j'ai appris la nouvelle, j'ai explosé de joie! C'est beaucoup plus que ce que j'espérais. Cette nouvelle me donne une grande motivation de travailler et surtout de m'améliorer. Je dois dire, qu'elle m'aide beaucoup dans l'acceptation de tout ça. Retourner en arrière? Pas question! Aujourd'hui, je ne regrette plus cet accident mais, au contraire, j'essaye d'en tirer profit.

- Peux-tu nous décrire un peu cette saison équestre qui t'as permis de te qualifier pour Kentucky ? Avais-tu fait de cette qualification l'objectif principal de cette saison 2010 ?

Cette année, je commence les concours nationaux en catégorie L pour uniquement voir où j'en étais et pour prendre de l'expérience dans ma situation actuelle. Mon objectif? Participer. Ce serait déjà une victoire après tout! Par surprise, j'ai tout de suite obtenu de bons résultats. Puis, j'obtins de très bons résultats au CPEDI3* à Mulhouse/FRA et au CPEDI3* à Castorate Sempione/ITA. Mes bonnes performances à ses deux compétitions m'ont permise de me qualifier pour Kentucky. Ce n'était donc pas l'objectif principal de cette saison 2010. Moi-même et Sabrina Laubscher (21 ans) iront à Kentucky. Veronika Roos, secrétaire générale de Swiss Paralympic, est également très heureuse des progrès réalisés ces derniers mois: "Les deux jeunes cavalières représentent une véritable promesse pour l'avenir car la progression de leurs performances a été très marquée aux cours des dernières compétitions!".

- Toute première expérience, si je me trompe pas, à ce niveau mondial. Quels sont tes objectifs pour Kentucky ?

Je ne sais pas combien de participants il y aura dans le degré III. Je ferais de mon mieux pour remplir les directives de la FSSE qui demande un rang dans le premier quart du classement.
Je ne sais pas si tu le connais déjà, mais peux-tu nous parler un peu du voyage au Kentucky, quel est le programme ? Quand ton cheval et toi voyagez-vous?
Je vais concourir du 5 au 9 octobre. Les chevaux partiront le 26 septembre en avion de Liège en Belgique. Nous, une équipe de huit personnes partiront le 28 de Zurich à destination de Cincinnati, Lexington.

- Je crois que c'est la première fois que le sport équestre para est intégré avec les autres catégories lors des Jeux Equestres Mondiaux. Quel effet cela te fait de te retrouver avec toutes les grandes stars de l'équitation mondiale ?

Pour la première fois, les Jeux Equestres Mondiaux ont lieu en dehors de l'Europe et, pour la première fois, Para-Equestrian Dressage en fait partie. C'est la 8ème discipline à y participer. Une étape marquante a donc été atteinte. Je suis heureuse de participer avec les «grands». C'est le signe que j'en fais bientôt partie. Je le sens comme ça. C'est un rêve qui se réalise.

- Kentucky est une étape grandiose, mais quant à la suite quels sont tes buts ? Pour l'année et les années prochaines ?

Mon but pour 2011 est les Championnats d'Europe en Belgique et, pour 2012, les Jeux Paralympics à Londres. En ce qui concerne l'avenir, je suis très heureuse des mots de Charles Trolliet, président de la FSSE, qui a transmis la décision du comité consistant à créer au début de l'année prochaine une discipline spécifique Para-Equestrian au sein de la FSSE.

Nous te remercions de toutes tes réponses, aimerais-tu ajouter quelque chose?

Oui. D'une part, j'aimerais remercier de nombreuses personnes: mes parents, Simone Rubli, et tous ceux qui m'accompagneront à Kentucky. D'autre part, j'aimerais remercier le plus chaleureusement possible PLUSPORT Sport Handicap,Swiss Paralympic, la Fédération Suisse des Sports Equestre, et, bien sûr, tous les autres supporters. Sans le grand soutien des bénévoles, on ne serait pas là où on est aujourd'hui. Mais, comme vous le savez, il n'est pas possible d'aller de l'avant sans des moyens financier plus importants. Nous dépendons donc de votre soutien financier. Sur le chemin du Kentucky, on a été soutenu de manière substantielle sur le plan financier et administratif par PLUSPORT Sport Handicap Suisse et Swiss Paralympic. L'excédent de dépenses a été couvert par des moyens propres et des subsides privés. Votre don - notre étrier. La participation au JEM à Kentucky exige des efforts logistiques et financiers énormes - nous dépendons de votre soutien.
 
C.L FGE2010